28 janvier 2013

Au berceau de l’Olympisme


En 1894, s’ouvre le « Congrès de Paris ». Il s’agit en fait du Congrès Athlétique International, convoqué par une décision du Conseil de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques et rassemblé du 16 au 24 juin pour étudier le rétablissement des Jeux Olympiques. Cet évènement est concrètement organisé par trois commissaires : commissaire-général et représentant l’Europe continentale, le baron Pierre de Coubertin, Secrétaire Général de l’Union alors âgé de 31 ans ; pour l’Angleterre et ses colonies C. Herbert, Secrétaire de l’Amateur Athletic Association ; pour le continent américain, W. M. Sloane, Professeur à l’Université de Princeton.

Après plusieurs jours d’échange, la résolution visant à rétablir les Jeux Olympiques est adoptée à l’unanimité le 23 juin. Dans la foulée, il est décidé d’organiser les premiers Jeux de l’ère moderne à Athènes et Paris, respectivement programmés pour 1896 et 1900. Le Comité International Olympique est créé, dont Pierre de Coubertin deviendra secrétaire général puis président. C’est également lors de ce congrès que sont posées certaines règles essentielles comme l’amateurisme[i].

Le baron Pierre de Coubertin
En tout, 2.000 personnes dont 79 ambassadeurs du monde du sport de 13 nations différentes y assistent. Outre les personnalités du sport, le Prince de Galles, le Roi de Grèce, ainsi que de nombreux éminents souverains, chefs d’états et hommes politiques participent aux festivités, dont l’une des principales est, selon la presse américaine[ii], un match de baseball au bois de Boulogne sur la pelouse du Racing Club de France entre membres de l’American Art Association de Paris. Quelle magnifique tribune pour ce sport !

Pour le fougueux baron de Coubertin, le baseball n’est pas une nouveauté puisque non seulement il a eu l’occasion de le découvrir le 8 mars 1889 aux côtés de Spalding, mais de plus il a pu l’observer plus longuement lors d’un voyage entrepris cette même année aux Etats-Unis. Rencontré au cours de ce voyage, Theodore Roosevelt, le futur Président des Etats-Unis grand fan de baseball devant l’Eternel, a d’ailleurs pu lui expliquer qu’il avait soigné sa condition maladive grâce aux activités en extérieur et notamment le baseball. De quoi convaincre le baron de l’intérêt de cette saine activité physique.

Le Président Theodore Roosevelt
sous les traits de
 Clifford K. Berryman
(Records of the U.S. Senate, RG 46)
.
Hélas, la démonstration au Bois de Boulogne n’est pas un sujet couvert par les journalistes Français dans les jours qui suivent : Lors du dernier jour du Congrès, alors que Sadi Carnot est à Lyon pour visiter l’Exposition Internationale qui se tient au parc de la Tête d’Or, il est assassiné par un jeune anarchiste Italien. La mort du Président de la République produit bien évidemment une immense émotion dans le pays et occupe la une de tous les journaux et suppléments illustrés[iii], éclipsant bien vite le baseball et ses débuts sur la scène internationale.

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[i] Cf. Bulletin du Comité International des Jeux Olympiques, n°1, juillet 1894, dans lequel on peut notamment lire : « L’imperfection humaine tend toujours à transformer l’athlète d’Olympie en un gladiateur de cirque. Il faut choisir entre deux formules athlétiques qui ne sont pas compatibles. »
[ii] “The Athletic Congress In Paris”, in The Roanoke Times, 3 juin 1894, p.7 ; “International Athletic Congress”, in Boston Evening Transcript, 15 juin 1894.
[iii] Sadi Carnot repose au Panthéon au côté de son grand-père, Lazare Carnot, « organisateur de la victoire » en 1793.