7 janvier 2013

La communauté Américaine de France - Les colonies rurales d’artistes

A proximité de la capitale, souvent dans le sillage de leurs maîtres, les étudiants peintres s’exercent en plein air aux subtilités de l’impressionnisme et constituent de véritables colonies à la campagne ou à la mer, à Barbizon tout d’abord, puis à Giverny, Auvers-sur-Oise, Honfleur, Grez-sur-Loing, Pont-Aven, etc. La propagation et l’activité intense de celles-ci font de ce mouvement un véritable phénomène d’histoire de l’art.

A la fin de l’année 1883, un très grand nombre d’Américains découvrent subitement l’existence de Concarneau grâce à un roman d'un genre nouveau dont l'auteur, Blanche Willis Hounvard, a résidé dans la petite cité portuaire de Cornouaille.  "Guenn, a wave on a breton coast"[i] évoque le séjour d'un jeune peintre dans le port sardinier en face des Glénans. En conséquence du succès de ce roman, c’est littéralement une colonie de peintres étrangers qui s’implante à Concarneau, constituée entre autres de Lowell Birge Harrison, Henry Kenyon et Edward Simmons[ii]. Nombreux sont ceux qui, avant de s’installer en Bretagne, ont perfectionné leur formation initiale à l'Académie Julian ou à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, considérées alors comme les voies obligées. A quelques kilomètres de là, à Pont-Aven, dès 1850 mais surtout dès que Gauguin s’y installe en 1886, on constate le même phénomène : les jeunes peintres étrangers se regroupent par dizaines autour de l’hôtel Gloanec.

Groupe de peintres Américains à Concarneau en 1884

De même à Etaples dans le Pas-de-Calais, autour de l’hôtel Ioos qui sert de repère à une centaine de peintres Américains dès 1880. A Giverny dans l’Eure, où Monet a élu domicile en 1883, bien que les artistes Américains en provenance de New York et de Boston soient un peu moins nombreux, c’est finalement le même schéma que nous retrouvons autour de l’hôtel Baudy.

Ces colonies ne constituent en aucun cas des structures rigides. Bien au contraire : il est très fréquent de voir les artistes passer de l’une à l’autre au gré des amitiés, des moyens financiers, des intérêts ou tout simplement des saisons. Certains partagent ainsi leur temps entre Giverny, Pont-Aven et Grez-sur-Loing. C’est le cas de Francis B. Chadwick, de Clifford Grayson ou encore de William L. Metcalf, pour ne citer qu’eux. Jean-Claude Lesage, auteur de Peintres américains en Pas-de-Calais. La colonie d’Etaples[iii] résume le parcours de ces jeunes gens en ces termes « [Ils] débarquaient chez nous, « la Mecque des Beaux-Arts » pour préparer leur admission au salon de l’été de Paris. L’été, ils allaient « sur le motif », en Bretagne d’abord puis en Normandie et enfin sur nos côtes du Pas-de-Calais. Ils allaient régulièrement en Angleterre et le train Paris-Boulogne leur a permis de découvrir ces côtes ». 

Les peintres sur le pont de Pont-Aven, fin XIXème siècle.

D’après l’historien d’art David Sellin[iv], que ce soit à Pont-Aven ou à Concarneau, au début des années 1880 ces colonies de jeunes gens pratiquent régulièrement le baseball pour se détendre. Il écrit ainsi : « [En 1885] Otto Wigand peignait une toile pour le Salon, Henry Rosenberg et Loyal Field préparaient une exposition commune pour Boston et Kenyon en préparait une pour Providence. Ils trouvèrent tout de même le temps de former une équipe de baseball pour défier les artistes de Concarneau qui, désormais, pouvaient compter avec Howard Butler, Herbert Denman, Rugger Donoho et Frank Chadwick ». Les années suivantes, alors que Gauguin séjourne lui aussi désormais à l’hôtel Gloanec, les parties font rage entre l’équipe de Concarneau, composée de Lasar, Harrison, Richardson, Parshall, Kenyon, White, Da Coste et Enderby, et celle de Pont-Aven, dans laquelle sont alignés Wigand, Raught, Bohm, Donaldson, Parkhurst, Gaynor, Culter et Erspy.

Il ne fait aucun doute que tous ces jeunes artistes font de même dans le Pas-de-Calais, en Seine-et-Marne, en Normandie ou de manière générale partout où leurs concitoyens se retrouvent en nombre suffisant pour constituer deux équipes. Dès lors, chercher à donner une date précise à "l'introduction" du baseball en France est, selon nous, un exercice voué à l'échec. Au mieux, ce que nous pourrions dire c'est qu'il était pratiqué - certes pas à grande échelle - depuis au moins 4 ou 5 ans au moment où les équipes de Spalding ont joué leur match d'exhibition à Paris.


[i] Voir la critique parue dans la rubrique New Publications du New-York Tribune, 25 novembre 1883, p. 8.
[ii] Sur les autres raisons qui les conduisent en Bretagne, voir « Why Artists Love Brittany », in Pullmann Herald, 24 novembre 1906.
[iii] « Peintres américains en Pas-de-Calais. La colonie d’Etaples », par Jean-Claude Lesage, A.M.M.E. Editions (Amis du Musée de la Marine d’Etaples).
[iv] « Peintres américains en Bretagne, 1864-1914 », David Sellin et Catherine Puget, Musée de Pont-Aven 1995.