26 janvier 2013

L’USFSA, première structure fédérale


Les premiers clubs sportifs français sont à lorigine consacrés à l’athlétisme. Soucieux d’organiser efficacement des compétitions à grande échelle, le Racing Club de France et le Stade Français fondent le 20 novembre 1887 une fédération sous le nom d’Union des Sociétés Française de Course à pied. Celle-ci organise les premiers championnats de France d’athlétisme dès le printemps de l’année suivante. Mais puisque très rapidement les clubs s’ouvrent à toutes les sortes de disciplines au rang desquelles figure, comme nous l’avons vu, le baseball, cette première structure fédérale est amenée à muter tout aussi vite. Cest ainsi que l’Union des Sociétés Française de Course à pied devient dès le 31 janvier 1889 l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (U.S.F.S.A.).

Georges de Saint-Clair, alors secrétaire général du Racing Club de France, est élu premier président de l’U.S.F.S.A. La trésorerie est assurée par Louis-Philippe Reichel, dont la seule ambition semble être « de contribuer pour sa part et sans bruit à la splendeur de sa Patrie. »[i]. Jules Marcadet, fondateur du Stade Français, prend en charge le secrétariat général et fait adopter la devise fédérale Ludus Pro Patria (Des jeux pour la Patrie). A leurs côtés, de jeunes dirigeants tels que Frantz Reichel (fils de Louis-Philippe) ou encore Charles Brennus. Tous ceux qui se préoccupent de sport au sein de l'intelligentsia parisienne les rejoignent progressivement. Pierre de Coubertin, ayant eu vent de cette organisation, renonce ainsi à ses travaux au sein du Comité Jules Simon (voir notre article ici) et remplace Marcadet au poste de secrétaire général de l’Union.

L’organisation générale de la fédération est simple et efficace. D’une part, chaque discipline sportive a sa commission spécialisée dès lors qu’elle atteint un certain seuil. C’est rapidement le cas par exemple de l’escrime, de la natation, du football rugby (le rugby actuel), du hockey sur gazon, du football association (l’actuel football), etc. D’autre part, des comités régionaux sont constitués afin de gérer les compétitions locales. Leur nombre s’élève déjà à 19 en 1894. Pour ce qui est de la propagande, deux supports sont lancés par Pierre de Coubertin en 1890, qui fusionnent bientôt : en janvier une revue mensuelle dédié à l'athlétisme, La Revue Athlétique, et en avril l'hebdomadaire omnisport Les Sports Athlétiques. Par ailleurs, L'U.S.F.S.A. établit les règles de jeu officielles de toutes les disciplines quelle régit et forme les équipes de France, quelle revêt dun maillot blanc arborant comme emblème deux anneaux bleu et rouge entrelacés[ii]. A lorigine, seuls les clubs ayant au moins un an dâge et comptant au moins vingt-cinq membres sont admis au sein de la fédération : de 7 en 1890, ils passent à 50 en 1892, scolaires pour la moitié dentre eux[iii].
Logo de l'U.S.F.S.A.

Est-il question de baseball au sein de lU.S.F.S.A. ? Oui, assurément ! La meilleure preuve en est la parution dès 1895 dans tous les numéros des Sports Athlétiques dun encart annonçant fièrement « chaque samedi, des articles sur la natation, le cricket, le base-ball ». Cette même année, en outre, un excellent article de plusieurs pages est consacré à la présentation du jeu, de ses règles et de ses bénéfices pour les pratiquants[iv]. Toutefois et alors que le cricket fait régulièrement lobjet darticles sur son championnat et dispose effectivement dune commission qui lui est propre à partir de 1897, le baseball na quant à lui quasiment jamais les honneurs de figurer dans les colonnes de la revue et na pas dorgane spécifique dédié à son organisation. Sans doute pouvons-nous expliquer cette absence par le fait quil ny a pas encore de championnat de France ni de compétition nationale, pas de porte-parole investi ni de chef de file et que, contrairement au cricket, quasiment tous les clubs proposant cette discipline sont basés à Paris. Mais sil ny a pas de commission spécifique au sein de la fédération, ne doutons pas que la pratique du baseball repose sur lorganisation mise en place de manière informelle par les clubs eux-mêmes.

Nous verrons par la suite que lUS.F.S.A. jouera un rôle considérable dans le mouvement sportif Français et mondial, et contribuera - bien entendu à une bien moindre échelle - au développement du baseball en France. Pour lheure, il en est encore à essayer de faire sa place dans le paysage en plein bouillonnement du sport français.

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[i] Cf. Les sports athlétiques, 1894, p. 1033, où l’on peut lire également sous la plume du Cicérone : « C’est poussé par ce désir continuel, qu’il s’est depuis 1889 jeté dans le mouvement athlétique suivi de ses trois fils, auxquels il a toujours donné l’exemple du dévouement et de l’abnégation […]. Signe particulier adore le latin « Ludus pro patria ». Sa devise personnelle est « Tout pour le bien, le beau et le vrai ».
[ii] Cet emblème inspirera plus tard les fameux anneaux olympiques.
[iii] Ils seront 350 en 1903 puis 1.700 en 1913.
[iv] « Le Base-ball », in Les Sports Athlétiques, 1895, p. 771 et 772.